« Nous ne produisons pas du pétrole » : l’argument de Faustin-Archange Touadéra suffit-il à justifier la flambée du carburant en RCA ?

Faustin-Archange Touadéra invoque la dépendance de la République centrafricaine aux importations pétrolières pour justifier la nouvelle hausse des prix du carburant. Un argument qui explique la vulnérabilité du pays aux cours internationaux, mais qui ne suffit pas à expliquer pourquoi les consommateurs centrafricains supportent des prix aussi élevés.
« Nous ne produisons pas du pétrole » , a déclaré Faustin-Archange Touadéra pour expliquer les difficultés rencontrées par le gouvernement. Selon lui, les marketeurs centrafricains achètent les produits pétroliers sur le marché international et répercutent la hausse des cours sur le marché national.
La RCA n’est effectivement pas un pays producteur de pétrole. Elle dépend des importations pour approvisionner son marché intérieur. La guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient peuvent aussi renchérir les coûts d’approvisionnement.
Mais cet argument ne permet pas, à lui seul, de déterminer le prix payé par les Centrafricains.
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La République centrafricaine n’est d’ailleurs pas le seul pays enclavé à dépendre des importations. Le Burkina Faso et le Mali, par exemple, dépendent également largement des importations de carburant en provenance des pays côtiers. Les difficultés d’approvisionnement peuvent donc toucher plusieurs économies qui ne produisent pas de pétrole. (Reuters)
Des prix déjà très élevés avant la nouvelle hausse
Le problème centrafricain ne se limite surtout pas au fait que le pays importe son carburant.
En 2023, après la forte hausse décidée par le gouvernement, le FMI avait constaté que la RCA figurait déjà parmi les pays où les prix de l’essence et du diesel étaient les plus élevés au monde. L’institution avait aussi relevé que le coût d’importation payé aux importateurs constituait un élément majeur du problème. (eLibrary)
Le FMI avait même constaté qu’en novembre 2022, le prix moyen d’importation du carburant en RCA était 1,8 fois supérieur à celui observé dans d’autres pays de la région. L’institution avait alors demandé davantage de transparence sur la formation de ce coût. (eLibrary)
Cette donnée change considérablement la lecture du discours officiel.
Si le prix international augmente, la RCA en subit les conséquences. Mais lorsque le coût d’importation, les marges, les taxes et les autres composantes du prix interviennent également, la hausse à la pompe ne dépend plus uniquement du prix du pétrole sur le marché mondial.
Le FMI a d’ailleurs expliqué que le prix final du carburant en RCA résulte de plusieurs composantes : prix d’importation, stockage, distribution, taxes, frais et autres marges . (eLibrary)
Pourquoi la population doit-elle toujours absorber le choc ?
La question devient plus sensible lorsque l’on regarde l’évolution du prix du carburant.
En janvier 2023, le gouvernement avait déjà augmenté fortement les tarifs. L’essence avait augmenté de 50 % et le gasoil de 70 %. Le FMI avait alors indiqué que les nouveaux prix avaient été fixés afin que la subvention soit ramenée à zéro. (Fonds Monétaire International)
En juillet de la même année, les autorités avaient ensuite abaissé les prix pour soulager la population et limiter le développement du marché informel. (eLibrary)
Trois ans plus tard, le gouvernement procède à une nouvelle hausse. Depuis le 1er octobre 2026, le litre de super est passé de 1 050 à 1 150 francs CFA et le gasoil de 1 250 à 1 400 francs CFA pour les particuliers. Les gros consommateurs paient davantage. (Radio Ndeke Luka)
Cette succession de hausses et de révisions pose une question plus large : jusqu’où les ménages centrafricains peuvent-ils continuer à absorber l’augmentation des coûts alors que leurs revenus ne progressent pas au même rythme ?
Le carburant ne constitue pas une dépense isolée. Il intervient dans le transport des personnes, l’acheminement des marchandises, le fonctionnement des entreprises et une grande partie de l’activité économique.
Chaque hausse peut donc se transmettre aux prix des produits vendus sur les marchés.
Le FMI avait déjà pointé le problème des coûts d’importation
Le discours de Faustin-Archange Touadéra mérite d’autant plus d’être examiné que le FMI avait déjà identifié des problèmes internes au fonctionnement du marché centrafricain des carburants.
L’institution avait notamment dénoncé le manque de transparence dans la fixation du coût d’importation et relevé que les prix déclarés par les importateurs pouvaient conduire à des marges importantes. Elle avait recommandé l’utilisation d’un prix international de référence et un système d’importation plus transparent. (Fonds Monétaire International)
En 2024, le FMI indiquait encore que le marché des carburants connaissait des coûts d’importation prohibitifs et que la réforme du secteur devait permettre de réduire le coût de la vie et d’améliorer les recettes publiques. (Fonds Monétaire International)
Le débat ne peut donc pas se limiter à une phrase : « nous ne produisons pas du pétrole » .
Les données du FMI confirment que le coût d’importation élevé et le manque de transparence sur le marché des carburants pèsent lourdement sur l’économie centrafricaine.
La véritable question est de savoir pourquoi, dans un pays qui importe son carburant, le consommateur doit régulièrement supporter l’intégralité ou une grande partie des chocs, alors que le mécanisme de formation du prix reste un sujet de préoccupation pour les institutions financières internationales.
Une population qui paie toujours davantage
Le problème est aussi social.
Lorsque le prix du carburant augmente dans un pays où les salaires restent faibles, où l’emploi formel demeure limité et où une grande partie de la population vit déjà avec des revenus réduits, l’impact dépasse largement la facture à la station-service.
Le transport augmente. Les marchandises coûtent plus cher à acheminer. Les entreprises voient leurs charges progresser. Les commerçants répercutent une partie de ces coûts. Les ménages finissent par payer la différence.
Dans ce contexte, demander aux Centrafricains de comprendre la hausse au nom du marché international ne répond pas entièrement à la question de leur pouvoir d’achat.
La dépendance pétrolière de la RCA est une réalité. Les tensions internationales sont également une réalité. Mais elles ne suffisent pas à expliquer à elles seules le niveau du prix payé à la pompe.
Le FMI l’avait déjà relevé : le prix du carburant en RCA dépend aussi de la structure du marché, du coût d’importation, des marges, des taxes et des mécanismes de fixation des prix . (eLibrary)
La question posée par la nouvelle hausse est donc plus large que celle de l’absence de pétrole en RCA : combien les Centrafricains doivent-ils encore payer pour compenser les difficultés du marché pétrolier, alors que la transparence sur la formation du prix et la capacité d’achat de la population restent au cœur du problème ?
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