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Mauritanie – SOMELEC : Tijane Thiam face à l’« armée mexicaine »

L’ancien ministre Kane Ousmane, qui présidait la commission indépendante chargée de faire la lumière sur les incendies des postes de transformation de Nouakchott, avait comparé la structure organisationnelle de la SOMELEC à une « armée mexicaine ». Je l’avoue, l’expression m’a arrêté. Cela m’a été signalé par un grand à moi, qui n’avait lui-même jamais entendu cette expression. Nous sommes donc allés demander à ChatGPT ce qu’elle voulait dire.

Derrière la formule se cachait un diagnostic sévère une organisation encombrée de chefs, où la multiplication des niveaux hiérarchiques finit par bloquer la machine. C’est bien le sens retenu par le dictionnaire Larousse. Le gaspillage de moyens, les responsabilités qui se diluent, les instructions qui se croisent, et cette impression que chacun fait ce qu’il veut , voilà ce que cette image m’évoque.

Une entreprise peut avoir des chefs partout et n’avoir, au bout du compte, personne pour répondre de rien. Chez nous, il y a une petite phrase en hassaniya qui résume ce mal mieux que n’importe quel rapport : « mahou mouhim », ce n’est pas important. On la dit pour tout. Ce contrôle, mahou mouhim. Cette réserve de l’ingénieur, mahou mouhim. Ce câble, on verra plus tard, mahou mouhim. Et quand le feu prend, on lève les yeux au ciel : Aadi maktoub.

À la SOMELEC, les événements récents donnent à cette question une portée bien plus grave qu’un simple débat sur l’organigramme. C’est dans ce contexte que Thiam, nommé directeur général ce mercredi , 14 octobre 2026, prend les commandes de la société d’électricité.

Quelques jours après son départ du ministère de la Santé, il hérite d’une entreprise stratégique dont la fiabilité conditionne la vie des ménages, le fonctionnement des services publics et l’activité économique. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un poste où l’on vient se reposer. Son premier défi sera de rendre à la SOMELEC une capacité de décision, de contrôle et d’exécution à la hauteur de ses installations.

Les incendies des 21 et 22 août dernier ont montré l’ampleur du problème. Qui, à Nouakchott, a déjà oublié ces nuits sans courant, les frigos vidés, les commerçants qui comptaient leurs pertes ? Les perturbations ont duré entre trois et cinq jours selon les quartiers. Le document de la commission d’enquête fait état de plus de 220 millions de MRU de coûts directs, ainsi que d’une remise en état des deux postes évaluée par la SOMELEC à 143,9 millions de MRU.

La commission établit un lien direct avec les nouvelles liaisons électriques, tout en précisant que le mécanisme technique initial du défaut n’a pas été définitivement identifié. Cette précision compte. La mission du nouveau directeur général exige de la rigueur jusque dans la manière de parler des responsabilités. Les conclusions de l’enquête doivent déboucher sur des mesures concrètes et sur les suites appropriées, sans transformer une analyse technique en verdict improvisé de salon.

Un parcours qui présente des atouts pour cette mission

Tijanie Thiam arrive avec une expérience qui mérite qu’on la regarde au-delà des titres ministériels. Son CV mentionne une formation en génie civil et en calcul des structures à l’Université de La Rochelle. Elle fait aussi état de fonctions de responsable d’affaires dans le contrôle technique de la construction chez DEKRA Industrial, puis chez APAVE International, entre 2011 et 2017.

Cette expérience parle directement à la SOMELEC. Le contrôle technique, c’est justement le métier qui refuse le « mahou mouhim », vérifier la conformité des ouvrages, identifier les risques, écrire noir sur blanc les réserves. Dans une entreprise fragilisée par des défaillances de supervision, cette culture professionnelle peut devenir un atout décisif, à condition qu’elle descende jusque dans les pratiques de tous les jours.

Le génie civil reste toutefois distinct de l’ingénierie des réseaux électriques. Un bâtiment et un poste de transformation, ce n’est pas la même bataille. La compétence de Thiam devra donc aussi se mesurer à sa capacité à s’entourer de vrais spécialistes, à les écouter et à leur donner les moyens de faire respecter les exigences de sécurité. Son expérience de dirigeant public est également solide , Chantiers Navals , Zone franche de Nouadhibou, Eter, puis ministères des Mines et de l’Industrie et de la Santé.

Ces responsabilités lui ont donné une connaissance des entreprises publiques, des infrastructures et des couloirs de l’administration. À l’ETER, qu’il a dirigé de novembre 2020 à août 2024, un exemple concret mérite d’être retenu , le démarrage opérationnel de l’établissement, en janvier 2021, avec des interventions de désensablement et de réparation sur l’axe Nouakchott–Nouadhibou.

Ceux qui ont déjà roulé sur cette route savent ce que le sable peut faire en quelques semaines( moi même subit un accident sur cette route à cause du sable ) Il s’agissait de préserver une infrastructure stratégique exposée à des dégradations récurrentes. Cette expérience rejoint un enjeu essentiel de la SOMELEC : organiser l’entretien avant que la panne ne se transforme en crise. Sous sa direction, l’ETER a également été chargé de contrats-programmes pour la période 2022-2024, dont une enveloppe de 1,8 milliard de MRU destinée à l’entretien du réseau routier national prioritaire. Cela documente une expérience de gestion d’un programme pluriannuel d’infrastructures. Cela ne suffit pas, à lui seul, à prouver la qualité de chaque réalisation, mais c’est une référence concrète pour apprécier son parcours.

Plus récemment, une mission de la Banque mondiale menée début 2026 cite Thiam parmi les interlocuteurs ministériels des projets énergétiques et miniers DREAM et REMP. Elle salue aussi l’engagement du ministère des Mines et de l’Industrie dans l’élaboration d’un Pacte national minier. Cette expérience peut faciliter le dialogue avec les partenaires techniques et financiers de la SOMELEC ; elle ne permet pas, soyons honnêtes, de lui attribuer personnellement tous les résultats des projets concernés.

La priorité immédiate : sécuriser le service

À mes yeux, sa première priorité doit être la sécurité des installations et la continuité du courant. Le reste viendra après. Les informations publiées sur l’enquête décrivent une succession de défaillances : préparation insuffisante du projet, contrôle tardif des travaux, caractéristiques du câble installé mal établies et mise sous charge malgré des réserves. Malgré des réserves ! Autrement dit, quelqu’un a dit attention, et quelqu’un d’autre a répondu, au fond, mahou mouhim.

La commission n’a pas conclu que le câble était, à lui seul, la cause des incendies. Le problème tient à l’ensemble des décisions et des contrôles qui auraient dû sécuriser l’opération. Thiam devrait donc commencer par exiger un état précis des installations sensibles, des anomalies encore ouvertes, des protections à vérifier et des moyens d’intervention disponibles. Chaque risque majeur doit avoir un responsable identifié, une mesure corrective et une échéance. Pas de « on verra », pas de « inchallah demain » sans date.

La pression pour rétablir vite le courant est réelle, et on la comprend : personne n’aime passer la nuit dans le noir par 40 degrés. Mais elle doit s’accompagner de procédures qui empêchent de remettre en exploitation un ouvrage dont la sécurité n’est pas démontrée. La signature d’une autorisation doit engager une responsabilité claire et reposer sur des vérifications traçables.

Le ministère de l’Énergie a annoncé, dès le 8 octobre, l’élaboration d’un plan opérationnel de mise en œuvre des recommandations. Eywa le nouveau directeur général entre donc dans un chantier déjà lancé. Son rôle sera d’en accélérer l’exécution, de lever les obstacles et de rendre compte des résultats. Remettre de l’ordre dans les responsabilités L’« armée mexicaine » doit devenir une entreprise où chacun connaît son rôle et répond de ses décisions.

En pulaar, on parlerait du jom golle, celui à qui le travail appartient. À la SOMELEC, chaque tâche doit retrouver son jom. Cela implique de revoir les délégations, de supprimer les chevauchements inutiles et de préciser qui prépare les projets, qui contrôle les travaux, qui autorise la mise en service et qui assure l’exploitation. Une alerte technique doit suivre un circuit connu et recevoir une réponse écrite, pas un haussement d’épaules.

Cette réforme exige aussi de protéger la compétence. Un agent capable de repérer un danger doit pouvoir le signaler sans craindre que son avis soit balayé parce qu’il dérange un calendrier ou une instruction venue d’en haut. Celui qui dit « c’est important » ne doit plus être celui qu’on regarde de travers.

Thiam gagnerait à évaluer son encadrement sur des objectifs concrets , qualité de la maintenance, délais d’intervention, traitement des anomalies, respect des procédures et résultats du service. La valeur d’un responsable se mesure à ce qu’il fait fonctionner, pas à la taille de son bureau. Faire de chaque marché une obligation de résultat Le contrôle des achats et des travaux sera un autre terrain décisif. Et sans doute le plus glissant.

Le nouveau directeur général devrait imposer une discipline constante , études adaptées avant le lancement, vérification réelle des références des entreprises, contrôle des fournitures, encadrement des modifications et réception fondée sur des preuves de conformité. Pas sur une poignée de main ou un « c’est un cousin, il est sérieux ».

Il faut aussi suivre les garanties, les assurances, les retards et les obligations contractuelles. Une entreprise publique perd de l’argent quand elle paie un équipement qui ne répond pas au besoin, mais aussi quand elle laisse ses droits contractuels s’éteindre faute de suivi.

Là encore, le dossier qui dort dans un tiroir parce que mahou mouhim finit toujours par coûter cher. Son passage par le contrôle technique lui donne ici une expérience pertinente. Elle devra se traduire par une exigence simple , aucun document décisif ne doit être traité comme une formalité.

Restaurer les finances et la confiance

La remise en ordre doit enfin toucher la facturation, le recouvrement et la connaissance des pertes. Thiam devrait disposer rapidement d’un diagnostic fiable qui distingue les pertes sur le réseau, les défauts de comptage, les erreurs de facturation et les impayés. Chaque catégorie appelle une réponse différente.

Un recouvrement plus ferme doit aller de pair avec des factures exactes et un traitement sérieux des réclamations. Car tout le monde, à Nouakchott, connaît quelqu’un qui a reçu une facture tombée du ciel.

La confiance se reconstruira aussi par la communication. Quand une panne survient, les usagers n’attendent pas des miracles. Ils veulent une information claire sur les zones touchées, les interventions en cours et les délais estimés, avec des mises à jour quand la situation évolue.

Enfin, les grands investissements devront être accompagnés des moyens nécessaires à leur exploitation. Les projets soutenus par la Banque mondiale comprennent notamment le corridor électrique Nouakchott–Néma et le stockage destiné à stabiliser le réseau. Leur ambition renforce l’exigence de coordination, de formation et de maintenance. Un bel ouvrage mal entretenu, on sait ce que ça devient.

Un mandat à juger sur des résultats visibles

Pour ses cent premiers jours, si on le laisse travailler Thiam devrait fixer des engagements mesurables , état des risques critiques, calendrier des corrections, revue des marchés sensibles, clarification des responsabilités et tableau de bord des interruptions, des interventions et des recettes.

Son parcours donne des raisons crédibles de l’attendre sur cette mission. Ses compétences dans le contrôle technique, son expérience de l’entretien des infrastructures et sa connaissance de l’administration sont de vrais atouts. Leur portée dépendra de l’équipe qu’il construira, de la liberté d’action qu’on lui laissera et de sa constance dans l’application des r

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