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Forêts africaines : malgré le recul mondial de la déforestation, l’urgence demeure

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Publié le 13 octobre par le collectif Forest Declaration Assessment , le rapport annuel sur l’état des forêts mondiales relève une baisse de la déforestation en 2025. Mais cette amélioration ne suffit pas à inverser la tendance. En Afrique tropicale, la dégradation des écosystèmes s’accentue, tandis que les difficultés de gouvernance et de financement compliquent l’atteinte des objectifs fixés pour 2030.

Un recul qui ne dissipe pas les inquiétudes. En 2025, la déforestation mondiale a diminué de 15 % par rapport à l’année précédente, selon le Forest Declaration Assessment 2026 , publié par une coalition d’organisations de la société civile et de chercheurs. Pourtant, plus de 7 millions d’hectares de forêts ont encore disparu en un an. Et le retard accumulé depuis 2021 pour atteindre l’objectif d’arrêt de la déforestation d’ici à 2030 demeure considérable : 10,7 millions d’hectares, soit une superficie supérieure à celle de l’Islande.

Pour l’Afrique, le constat est particulièrement préoccupant. Si les dynamiques diffèrent selon les régions et les types de forêts, les données rassemblées par les auteurs font apparaître une pression persistante sur les écosystèmes tropicaux du continent. L’enjeu dépasse la disparition du couvert végétal. Il concerne aussi la capacité des forêts à conserver leur biodiversité, à stocker le carbone et à soutenir les activités économiques des populations qui en dépendent.

L’Afrique tropicale sous pression

Les chiffres relatifs à la dégradation forestière illustrent cette fragilité. En Afrique tropicale, celle-ci a concerné 1,1 million d’hectares de forêts tropicales humides en 2025, soit une hausse de 25 % par rapport à 2024. Le niveau demeure inférieur d’environ 10 % à la moyenne de référence de 2018-2020, mais la remontée observée en un an constitue un signal d’alerte.

Cette dégradation ne signifie pas nécessairement que toutes les surfaces concernées ont été entièrement déboisées. Elle désigne également les altérations qui affectent la structure et les fonctions écologiques des forêts, notamment sous l’effet de l’exploitation du bois, des perturbations répétées et des pressions humaines.

Les causes sont multiples. Le rapport cite notamment l’extension de petites exploitations agricoles, l’extraction sélective ou informelle de bois, la collecte de bois de chauffage, le développement des infrastructures et les insuffisances dans l’application des règles de gestion forestière. Cette combinaison de facteurs rend la réponse plus complexe qu’une simple interdiction de couper les arbres. Elle suppose de concilier les besoins des populations, les activités économiques et la préservation des ressources naturelles.

Le recul de la déforestation mondiale ne doit donc pas masquer les trajectoires régionales. Les auteurs soulignent également qu’en 2024, quelque 20,2 millions d’hectares de forêts d’Afrique tropicale ont connu une baisse de leur intégrité écologique, selon l’indicateur utilisé dans le rapport. Celui-ci mesure les changements de catégorie d’intégrité des forêts et complète les données sur la déforestation et la dégradation. Il ne correspond donc pas à une superficie entièrement déboisée.

Développement économique et protection des ressources

La difficulté tient aussi à la place qu’occupent les forêts dans les économies africaines. Dans de nombreuses régions, elles contribuent à l’approvisionnement en énergie domestique, aux revenus agricoles, à l’exploitation du bois et à la subsistance des communautés rurales. Les politiques de conservation ne peuvent ignorer ces réalités sans risquer de fragiliser les populations qu’elles prétendent protéger.

Mais l’arbitrage entre développement et environnement repose souvent sur une opposition trompeuse. La dégradation forestière menace elle-même les conditions de la croissance. Elle perturbe les cycles de l’eau, accentue l’érosion des sols et peut compromettre la régularité des précipitations. À terme, les conséquences touchent l’agriculture, l’approvisionnement en eau, la production énergétique et la sécurité alimentaire.

La question est donc moins de choisir entre exploitation et conservation que de déterminer les conditions d’une utilisation durable des ressources. Cela implique de renforcer la planification territoriale, de mieux encadrer les filières à risque et de soutenir des activités économiques compatibles avec le maintien des écosystèmes.

Le financement, nerf de la réponse

À ces défis s’ajoute celui des moyens. Les engagements internationaux en faveur des forêts se heurtent encore à des difficultés de mobilisation et d’acheminement des financements. Le rapport insiste sur le décalage entre les ambitions affichées et les investissements effectivement disponibles pour protéger les écosystèmes, restaurer les espaces dégradés et accompagner les populations locales.

Le Tropical Forests Forever Facility , mécanisme destiné à financer durablement la conservation des forêts tropicales, illustre à la fois les perspectives et les limites de cette mobilisation. En septembre 2026, les promesses de financement atteignaient 7,3 milliards de dollars, alors que le mécanisme vise 10 milliards de dollars de capital de départ d’ici à la fin de l’année. Le dispositif prévoit notamment qu’au moins 20 % des fonds soient directement destinés aux peuples autochtones et aux communautés locales.

Pour les pays africains concernés, l’enjeu est de pouvoir accéder à des financements prévisibles, adaptés à leurs priorités et suffisamment souples pour soutenir les initiatives de terrain. La préservation des forêts ne peut durablement reposer sur des engagements ponctuels ou des projets isolés.

Des engagements à l’épreuve des résultats

La gouvernance constitue l’autre chantier majeur. Le rapport relève que la reconnaissance des droits fonciers progresse moins vite que les engagements politiques, tandis que la participation effective des communautés aux décisions demeure inégale. La protection des défenseurs des forêts et la sécurité foncière restent également des préoccupations importantes.

Pour l’Afrique, ces questions renvoient à des choix concrets : qui décide de l’utilisation des terres, qui bénéficie des ressources exploitées et qui supporte le coût de leur dégradation ? Sans clarification des droits, contrôle effectif des activités et association des populations concernées, les politiques de conservation risquent de rester fragiles.

L’échéance de 2030 approche. La baisse mondiale enregistrée en 2025 montre qu’une amélioration est possible, mais elle ne suffit pas à établir un changement durable. En Afrique tropicale, l’évolution de la dégradation forestière rappelle l’urgence d’une action mieux financée, plus cohérente et davantage ancrée dans les réalités locales.

Au-delà des hectares perdus ou fragilisés, c’est une partie des conditions de développement du continent qui se joue : la disponibilité de l’eau, la résilience des systèmes agricoles, les moyens de subsistance des communautés et la capacité des États à valoriser leurs ressources sans compromettre leur avenir.

Chiencoro Diarra

Publié par Sahel Tribune – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.

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