HABITAT À MADAGASCAR - Le déficit de logements se creuse

Le déficit de logements pourrait passer de 1,7 à 2,5 millions d’unités d’ici 2035 à Madagascar. La croissance démographique, l’exode rural, l’accès limité au crédit et l’insécurité foncière aggravent la situation.
Un quartier d’Antananarivo où les habitations précaires se multiplient. Le déficit de logements continue de se creuser. Les besoins annuels sont estimés entre 125 000 et 135 000 logements, selon le ministère de l’Aménagement du territoire et des Services fonciers. « Partant d’un déficit initial de 1,7 million de logements, les projections actuelles indiquent qu’il atteindra 2,5 millions d’unités d’ici 2035 », a déclaré son secrétaire général, Ruffin Sambany, lors de l’annonce du 27e Salon international de l’habitat, qui se tiendra du 22 au 25 octobre au CCI Ivato.
Cette pression s’explique par la croissance démographique et l’insuffisance de l’offre de logements et des infrastructures. L’exode rural accentue le phénomène. Dans le fokontany d’Anosizato Est, à la périphérie d’Antananarivo, deux à trois nouveaux résidents venus des zones rurales s’installent chaque mois, selon les responsables locaux.
La plupart des habitants s’y entassent dans des logements précaires, à l’instar d’Armand, qui vit avec sa femme et leurs trois enfants dans une pièce de 12 m².
Location par pièce
Les parents et les enfants dorment dans deux lits installés côte à côte. Un rideau sépare l’espace de couchage d’un coin cuisine, où se trouvent également les soubiques dans lesquelles il garde quelques poules. Il loue cette pièce, avec des toilettes communes, pour 100 000 ariary par mois. « On n’a pas les moyens de louer une maison plus grande que celle-ci », explique-t-il. Ce loyer représenterait déjà le tiers de ses revenus mensuels.
Face à la hausse de la demande, certains propriétaires choisissent de louer leur maison pièce par pièce. Cette pratique permet d’accueillir davantage de locataires, mais favorise la promiscuité et dégrade les conditions de vie des familles les plus modestes.
L’accès au logement reste limité par le faible pouvoir d’achat des ménages et les difficultés de financement, qui touchent également les entreprises. Le ratio du crédit au PIB à Madagascar était de 15,2 % en 2024, contre une moyenne de 26,7 % en Afrique subsaharienne en 2023, selon la Banque mondiale.
Le foncier constitue un autre obstacle. À Antananarivo, près d’une parcelle sur deux ne disposerait pas d’un titre foncier formel, ce qui freine l’investissement et l’aménagement urbain.
La Banque mondiale estime que plus de la moitié de la population pourrait vivre en milieu urbain d’ici 2036. Or, plus de 60% des citadins vivent déjà dans des quartiers informels et non planifiés, où l’accès aux services de base reste limité.
Si la tendance actuelle se poursuit, l’écart entre les besoins et la production de logements continuera de s’élargir.
L'Express de Madagascar
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